2010-2011 État des lieux du livre en HaïtiSalon du livre : lieu de confluence Après le séisme, le secteur du livre a été moins impacté qu’il n’était à craindre. Le premier trimestre de janvier à mars a révélé l’ampleur des pertes humaines et des dégâts matériels. Tant bien que mal, les brèches ont été comblées par les professionnels : des bibliothèques ont pu être sauvées, des locaux provisoires attribués, puis la machine s’est remise en route au milieu d’une pléthore d’actions à entreprendre. Plus d’un an après au salon du livre de Paris, véritable lieu de confluence, les auteurs, éditeurs, et professionnels du livre haïtiens (Marie-Célie Agnant, Clément Benoît, Anaïse Chavenet, Louis-Philippe Dalembert, Joël Des Rosiers, Willems Édouard, Hérard Jadotte, Dany Laferrière, James Noël, Makenzy Orcel, Emmelie Prophète, Evelyne Trouillot, Lyonel Trouillot, Stéphanie Renaud Armand, Rodney Saint-Éloi, Marvin Victor, etc.) ont rencontré le public, débattu et partagé leur sentiment sur ce secteur. Regain d’engouement pour le livre Un regain d’intérêt pour le livre est constaté paradoxalement pendant la période post-séisme par les professionnels, comme si celui-ci était devenu une valeur refuge en temps de crise. La production de livres n’a pas faibli depuis la catastrophe, alimentée au contraire de plusieurs parutions : albums photographiques, témoignages, recueils de poèmes, nouvelles, essais, romans. Une huitaine de livres destinés à lever des fonds ont été publiés à l’instar de Pour Haïti par Bibliothèques sans frontières ou Haïti parmi les vivants par Actes Sud. Érigés en interlocuteurs privilégiés de la presse internationale, les auteurs ont eu un retentissement certain auprès de lecteurs attentifs à ces livres évoquant leur vécu. Parallèlement, des talents se révèlent chaque jour en Haïti au grand public malgré le manque d’aide à la création, à l’édition et les conditions de précarité. Réparation et refondation Sur le plan des infrastructures, plusieurs librairies ou centres culturels avaient fermé après la catastrophe, parmi lesquelles Astérix ou La Pléiade qui vient tout juste de réaménager provisoirement sur une surface de 40m² dans ses anciens locaux. Aujourd’hui, les besoins urgents semblent être évacués avec la remise en service des lieux partiellement détruits (réparation des bâtiments, attribution de locaux provisoires). Au-delà des efforts déployés, des fissures sont apparues après la catastrophe, révélant ostentatoirement l’ampleur du chantier qui requiert selon de nombreuses personnalités telles que René Depestre ou Rodney Saint-Éloi, plus qu’une construction ou reconstruction, mais une refondation. Ainsi, la chaîne du livre présentait déjà une carence en bibliothèques publiques et centres culturels de proximité, une absence criante de critiques littéraires ou de relais médiatiques portant l’écho des nouvelles publications. Il reste donc à profondément structurer un secteur qui ne cesse de démontrer sa vitalité, tant sur le plan des publications, que de la création ou encore de l’appétence du public. La question de la réorganisation du livre se pose donc collectivement pour l’élaboration d’actions et de projets pérennes. Édition à compte d’auteur en Haïti Au vu de la renommée internationale dont jouissent de nombreux auteurs haïtiens récipiendaires de prix littéraires prestigieux, le nombre de maisons d’édition sur place est relativement dérisoire. Encensés par un public national réceptif, certains choisissent de se faire publier à l’étranger lorsqu’ils le peuvent, tandis que beaucoup sur place préfèrent l’autoédition. Par ce biais en guise de comparaison, les ventes locales supplantent parfois celles de France, du Canada ou de Belgique pour ne citer que ces trois pays. Qu’ils s’agissent d’auteurs confirmés tels que Frankétienne ou de jeunes auteurs, la majorité d’entre eux publie en Haïti à compte d’auteur en dépit d’une qualité d’impression très inégale. Pour le moment, l’édition à compte d’auteur se prévaut d’une double fonction vitale dans le paysage littéraire haïtien. Certains auteurs courtisés par des maisons d’édition à l’étranger publient à nouveau leur ouvrage à compte d’auteur en Haïti, pour d’une part, proposer un prix d’achat plus abordable pour le lectorat haïtien et d’autre part, donner une existence tangible à une œuvre diffusée principalement à l’extérieur, et donc méconnue si ce n’est par ouï-dire. À la faveur de cette tendance, l’éditeur Willems Édouard des Presses nationales d’Haïti, a mis en place en collaboration avec des écrivains depuis cinq ans, un projet de rachat des droits d’auteur afin de faciliter la réédition d’œuvres en Haïti publiées par des maisons d’édition étrangères. Par ce dispositif, certains ouvrages bénéficient d’une seconde vie en « s’haïtianisant » selon Willems Édouard, c’est-à-dire en étant publiés en Haïti, frayant de fait, la voie à un dialogue avec un lectorat national qui s’identifie in extenso à ces publications, mais également avec la critique. À ce sujet, Clément Benoît, le fondateur de la bibliothèque Georges Castera, tient expressément à mettre en lumière la qualité du travail effectuée par les critiques et journalistes culturels non muselés dans un pays qui en compte très peu. Grâce au prix Jacques Roche du nom d’un journaliste décédé, lequel avait consacré sa vie à l’art et à la culture de son pays, le meilleur journaliste culturel est récompensé chaque année. Les éditeurs nationaux Le contexte de marché restreint ne favorise pas le développement des éditeurs locaux. D’ailleurs, il n’existe pas en Haïti de maisons d’édition en tant que tel, entendu qu’elles ont une ligne éditoriale spécifique, rémunèrent et promeuvent leurs auteurs. Parmi les plus connues, les éditions Presses nationales d’Haïti et l’Édition de l’Université d’État d’Haïti. Bien que ce soit les plus gros éditeurs du pays, ils n’ont pas vocation à éditer des ouvrages littéraires, préférant le champ des manuels scolaires. Hérard Jadotte, représentant des Éditions Université d’État d’Haïti, explique que la politique éditoriale cible les ouvrages non fictionnels de sciences sociales et humaines ainsi que de sciences techniques et de médecine. Pourtant, il conçoit l’importance de la diversification de la production éditoriale par le biais d’une politique du livre visant à élargir le marché. Pour le moment, les actions publiques menées en faveur de la circulation du livre excluent selon lui, les librairies de ces circuits. De facto, la fiction devient l’apanage des éditeurs indépendants, lesquels connaissent des difficultés récurrentes à écouler leurs livres. Depuis 2010, deux jeunes éditeurs James Pubien et Jean Watson ont crée la maison d’édition Bas de page à Jérémie pour justement promouvoir une parole plus libre par la pluralité de leur contenu éditorial et en accordant une place légitime aux jeunes auteurs, afin d’aider cette nouvelle génération à surmonter les obstacles notamment en termes de publication, qui se présentent sur leur parcours. Bibliothèques ou librairies ? D’une manière générale, les éditeurs peinent à écouler leurs livres en raison du faible nombre des lieux de diffusion. La plupart des librairies sont concentrées à Pétionville. En province, les petites librairies vendent surtout des manuels scolaires, de sorte que certains éditeurs et libraires envisagent l’émergence de nouvelles librairies ou de commerces dont les activités pourraient être compatibles avec la vente de livres, comme une réponse partielle à leur problème. Pourtant là n’est pas la priorité selon la responsable de la DNL (Direction nationale du livre), Emmelie Prophète qui met en garde contre la tentation de transposer les paradigmes culturels des pays développés à Haïti, puisque le contexte local exhorte a contrario de trouver des solutions endogènes de développement, à partir par exemple, du déploiement d’effort pour la réalisation urgente d’infrastructures publiques et particulièrement, de lieux de lecture. À défaut de l’accroissement de points de vente qui ne garantit pas la fréquentation d’une clientèle plutôt issue de la classe moyenne, les bibliothèques et centres culturels pallieraient ce manque. Circulation du livre Si le livre s’achète peu en raison d’un pouvoir d’achat modique, il circule relativement bien dans la capitale par le système de prêt. Or, sur le plan international, l’étroitesse des marchés du sud empêche une diffusion fluide et à grande échelle. Anaïse Chavenet, directrice de « Communication Plus » une société privée et représentante de l’Association haïtienne des professionnels du livre, développe une activité orientée vers la distribution de films/spots publicitaires, musique et surtout d’auteurs haïtiens sur le territoire national, mais aussi à l’étranger. Cette entrepreneuse noue des partenariats à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, et collabore volontiers avec des maisons d’édition tels que Vents d’ailleurs dont le catalogue compte un grand nombre d’auteurs haïtiens. Communication Plus fournit en ouvrages quelques librairies en Amérique du Nord spécialisées dans l’édition haïtienne. D’autres marchés sont partiellement desservis lorsque les moyens le leur permettent. En cela, la coédition devient une manière efficace et moins coûteuse de faire voyager les livres haïtiens. Versée dans la logique d’entreprise, Anaïse Chavenet répond régulièrement aux appels d’offre à défaut de recevoir des subventions de l’État. Les tirages de cette société relativement corrects s’échelonnent entre 500 et 1000 exemplaires. En moyenne en Haïti, les livres sont vendus à 700 gourdes. Au reste depuis plusieurs mois, la maison d’édition de Rodney Saint-Éloi, Mémoire d’encrier située à Montréal, collabore avec Communication Plus pour la diffusion de ses ouvrages, qu’elle vend 50 % moins cher pour le marché haïtien. L’éditeur est motivé par la volonté de démocratiser la lecture et ouvrir les portes du savoir afin que le livre ne soit plus un privilège, mais une porte sur l’avenir. Sa réflexion se porte désormais sur les bases d’une politique de lecture publique que partage Emmelie Prophète. Loin de rebuter la directrice de la DNL, elle intègre ce paramètre dans sa campagne en faveur de la lecture « Le savoir pour garantir l’avenir », grâce à un système de prêt à la portée des enfants favorisant la circulation du livre dans des quartiers où il était quasiment inexistant. En marge des librairies et bibliothèques, les foires font partie intégrante de la chaîne de diffusion du livre. Depuis trois ans, la DNL organise une manifestation à l’approche de Noël « Dites-le avec un livre » pour promouvoir l’idée de ce cadeau à prix réduit. La manifestation populaire « Livre en folie » qui en est à sa 17e édition organisée par des institutions privées, devient également un rendez-vous prisé pour l’achat de livres. De Port-au-Prince à Port-Salut : une décentralisation des actions Pâtissant du nombre insignifiant de structures culturelles et de leur concentration principalement sur la région de Port-au-Prince, certains professionnels ont décidé d’investir les zones désertiques en matière de livres. Ainsi, Clément Benoît, l’organisateur d’une manifestation livresque itinérante, a fait sillonner « Livres en liberté » à travers les villes de Limbé, Cayes, Jacmel, Port-de-Paix ou Jérémie. Sous la houlette de la Bibliothèque Georges Castera qu’il a fondée, et dirige, cette initiative soutenue par la DNL, et réalisée au demeurant avec très peu de moyens, consiste à créer une animation autour du livre dans les villes de province et faire profiter aux lecteurs des provinces, de la présence d’écrivains qui se prêtent volontiers aux échanges et aux séances de dédicaces. Parmi les actions efficaces menées sur le terrain, « Livres en liberté » bénéficie d’une belle affluence. L’engouement qu’elle suscite à chaque édition, et notamment cette année, un peu plus d’un an après le tremblement de terre avec un public encore plus nombreux et visiblement demandeur de livres, semble confirmer le bien-fondé de son rôle éminemment culturel. Autre exemple de décentralisation d’actions : la résidence artistique et littéraire initiée par le poète et écrivain James Noël, à travers son association Passagers des vents, qui s’est tenue du 1er au 4 avril à Port-Salut (à cinq heures de Port-au-Prince). Quatre artistes – les écrivains Yannick Lahens, Makenzy Orcel, Marvin Victor et le photographe Paolo Woods – ont participé à ce projet pilote pour éveiller et animer la vie culturelle de la commune par la production d’œuvres et la rencontre avec le public. Pour James Noël, l’objectif patent de cette résidence vise à promouvoir Haïti comme terre d’accueil artistique et rééquilibrer un temps soit peu, les relations du pays avec le monde, en ce qu’elles privilégient dorénavant le donnant-donnant et non plus la main tendue comme le préconise également l’éditeur Rodney Saint-Éloi, lequel insiste à ce titre, sur la nécessité d’une nouvelle configuration intégrant le déplacement des centres et des périphéries. Cette réflexion repositionnant géographiquement Haïti en tant que son propre centre, lui permet de se penser comme acteur responsable plutôt que témoin passif d’un sort subi. C’est dans ce contexte que la maison d’édition Mémoire d’encrier publie au-delà d’auteurs haïtiens, des auteurs du sud, pour décentrer le regard et proposer une autre appréciation du monde depuis un ancrage précis. Structure/établissement en faveur de la diffusion du livre En tant qu’écrivaine et responsable de la Direction nationale du livre (DNL), Emmelie Prophète multiplie les actions autour du livre. Cette structure étatique très active fait partie des 12 institutions autonomes du ministère de la Culture dont l’une des missions consiste à développer et consolider des partenariats avec des bailleurs de fonds et notamment avec l’OIF (Organisation internationale de la francophonie). Pour l’instant, la coopération interrégionale n’est pas un enjeu prioritaire selon Emmelie Prophète, même si les auteurs participent aux rendez-vous culturels organisés dans la Caraïbe et que des actions ponctuelles sont mises en œuvre avec quelques pays à l’instar de son voisin, la République Dominicaine. Sur le terrain, la DNL gère les bibliothèques municipales et les CLAC (Centre de lecture et d’animation culturelle) présents dans tout le pays. Haïti en comptait dix avant le séisme, mais l’un d’eux à fermer suite à la catastrophe. Ces centres sont des pivots de la vie culturelle grâce à leur bibliothèque fonctionnelle de plus de 25000 ouvrages ou leur salle d’animation accueillant projections de films et représentations théâtrales. À côté des CLAC, les centres culturels tels que le Centre culturel Fokal très dynamique dans la région de Port-au-Prince, continuent d’offrir des services au profit des populations. En outre, des écrivains comme Yanick Lahens ou Lyonel Trouillot ne refrènent pas leurs engagements. Toujours présents sur le terrain, Evelyne et Lyonel Trouillot viennent de monter le centre culturel Anne-Marie Morisset. Cette structure unique dans la commune de Delmas qui compte plus de 400 000 habitants, est dotée d’une bibliothèque et d’une salle multimédia. Elle accueille les jeunes du quartier, leur propose un fonds documentaire, du soutien scolaire et d’autres services pratiques. La traduction en voie vers un lectorat créolophone Le lectorat créole largement minoritaire, tend à s’accroitre grâce aux réformes instaurant dans les années 1979-1980, l’enseignement de la langue créole dans le tronc commun. Si la population est majoritairement créolophone à l’oral, elle est inversement plutôt francophone à l’écrit, cela explique la production minime de textes en créole due à un manque de traducteurs formés. Une jeune génération a appris à lire et écrire en créole avec à termes, une ouverture vraisemblable vers des traductions et des textes en créoles. Récemment, l’écrivain et scénariste Gary Victor a traduit en créole haïtien Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, invitant à l’avenir, à la banalisation de cette démarche. Actions pour soutenir l’édition haïtienne Trois organismes distincts ont mis en place des actions pour l’archivage et la promotion du livre en Haïti. L’Institut français a lancé officiellement l’action « 100 titres pour Haïti » au salon du livre de Paris en mars dernier, afin de préserver le patrimoine littéraire d’Haïti par la réédition de 100 livres sur trois ans. (Emmelie Prophète fait partie du comité de pilotage de ce programme.) Dans le même élan, un partenariat du CNL (Centre national du livre) avec l’Édition de l’Université d’Haïti autour de 20 classiques français traduits en créole devrait donner un coup de pouce aux éditeurs. De son côté, la collaboration de Bibliothèques sans frontières avec les institutions du pays prend de l’essor. Cet organisme non gouvernemental établit actuellement une bibliothèque universitaire numérique en partenariat avec l’Université d’État d’Haïti. La précarisation de l’aide La majorité des initiatives et actions entreprises sur le terrain découle en partie d’investissements en temps et en argent de citoyens haïtiens dévoués qui cherchent à s’extraire de la logique d’assistanat. Si l’État peine à répondre aux besoins non clairement identifiés de ce secteur, les ONG sur place développent surtout des actions provisoires à court terme, inefficaces quant à la structuration de la chaîne du livre. Selon Emmelie Prophète, les actions ponctuelles en faveur de la lecture dans des camps de fortune sont insuffisantes. Une vision panoramique aurait éclairé sur la nécessité de fédérer les ONG pour éviter la gabegie des fonds destinés aux programmes culturels. En d’autres termes, les sommes collectées par les ONG, remises à l’État, auraient pu servir concrètement à créer une grande bibliothèque municipale, remettre sur pied les librairies existantes et anticiper de nouveaux points de vente remplaçant ces lieux provisoires amenés à disparaître dès la fin de mandat des ONG. Pire encore, cette démarche parcellaire implique derechef la poursuite rébarbative de la collecte de fonds auprès d’organismes internationaux aux discours souvent cacophoniques. L’État, dont Michel Martelly vient d’être nouvellement élu président, mais aussi les collectivités et les municipalités devraient accompagner ce secteur à travers des actions ciblées telles que l’approvisionnement et l’achat de livres pour les bibliothèques, l’aide au développement des petites librairies ou des entreprises culturelles dans les villes de province afin que le secteur s’organise sur l’ensemble du territoire national. Plus ces partenaires institutionnels seront présents, plus l’activité autour du livre se professionnalisera et se développera, reléguant ainsi la débrouillardise ou le colportage au second rang, signes d’une économie parallèle non maîtrisée. Assises du livre Mus par une volonté de jeter les bases d’une refonte du secteur, des professionnels haïtiens, organisent en avril les assises du livre pour recueillir des données détaillées concernant les ramifications de cette économie et évaluer précisément les besoins des libraires, des éditeurs, des diffuseurs, des traducteurs, des lecteurs et de la population dans son ensemble. Rodney Saint-Éloi et ses pairs appellent de leurs vœux une articulation entre toutes les sphères de ce secteur dont le talon d’Achille réside dans le fort taux d’analphabétisme perpétué par un système éducatif jugé ségrégationniste par l’éditeur. Hormis une classe moyenne plus encline à consommer de la culture, les efforts consentis pour mettre en œuvre des politiques d’alphabétisation, détermineront à l’avenir l’élargissement du marché par la conquête de publics nouveaux. Si le livre se vend relativement bien au regard d’un contexte économique difficile, les politiques d’alphabétisation pourraient drainer davantage de lecteurs, d’autant que les CLAC et les bibliothèques accueillent parfois des populations d’illettrés. La structuration d’un marché en Haïti doit être exploitée sous tous ces aspects : collecter des données fiables, réunir les acteurs du livre autour d’une réflexion sur le devenir économique du secteur ; le rendre viable tout en permettant à chacun de jouer sa partition sans empiéter sur les prérogatives des autres ; enfin faciliter l’accès au livre. Selon Anaïse Chavenet, on estime à environ 400, le nombre d’ouvrages publiés chaque année en Haïti, pourtant les informations dans ce domaine, telles que les marges des libraires sont indisponibles, d’où la nécessité de convoquer des assises du livre pour mieux cerner les besoins des professionnels et les contours d’une orientation politique visant à le démocratiser. Reste à savoir si le prochain gouvernement de Michel Martelly consacrera une enveloppe fonctionnelle à la culture, car comme le formule Anaïse Chavenet : « L’homme ne se nourrit pas seulement de riz ». Il est prévu que les synthèses des assises du livre préfigureront à la mise en place d’une politique du livre et de la lecture en Haïti. Quelles perspectives ? Bibliothèques, librairies et foires sont des lieux où le livre se diffuse en Haïti prouvant le bien-fondé d’un soutien aux éditeurs, libraires, diffuseurs, auteurs et traducteurs locaux, ainsi qu’aux infrastructures publiques car il existe bel et bien un lectorat avide et passionné qui, si les moyens pécuniaires le leur permettaient, consommerait assidument de la littérature. Au regard des nombreuses questions soulevées post-séisme, les professionnels semblent décider à prendre les choses en mains sans dépendre uniquement des aides extérieures, pour organiser le marché du livre sur la totalité du territoire national en tenant compte des populations rurales doublement pénalisées par l’éloignement de la capitale et le manque d’infrastructures. Le dynamisme du secteur se renforce justement grâce à l’apport de toutes ces chevilles ouvrières. Ayelevi Novivor/RCH Principales sources :
Entretien réalisé au Congrès des écrivains de la Caraïbe le samedi 9 avril avec James Noël. Table-ronde du samedi 19 mars 2011 au salon du livre de Paris sur le thème : « La reconstruction : l’avenir de l’édition haïtienne » animée par Délia Blanco avec Anaïse Chavenet, Willems Édouard, Rodney Saint-Éloi, Hérard Jadotte, Emmelie Prophète. Voir ci-dessous les vidéos de la table-ronde du 19 mars 2011 - Salon du Livre de Paris |
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