30 décembre 2011 - Haïti : Un théâtre privé ?



On a l'impression, quand on évoque la question du théâtre en Haïti, d'être carrément mais malheureusement dans le domaine du privé. L'Etat est transparent à un point tel qu'il est logique de parler d'un théâtre privé. Le Théâtre national d'Haïti, dépourvu de tout (ou presque), même de bureau, donne l'aspect d'une institution en état de dysfonctionnement. Aucune initiative de marque ne porte sa marque. Aucune tentative de relever le secteur. Le ministère de la Culture et de la Communication, institution de tutelle, n'en a, jusque-là, jamais fait une priorité. On se rappelle que l'ex ministre de la Culture, Marie Laurence Jocelyn Lasègue, avait, à l'occasion de la Journée internationale du théâtre, le 27 mars dernier, donné une conférence de presse pour dire qu'elle n'a rien à faire du théâtre.

C'est le privé qui tient à bout de bras le secteur. Les initiatives viennent d'abord de la Fokal et de l'Institut français en Haïti, organisateurs du plus prestigieux festival de théâtre en Haïti : Quatre Chemins. Ce festival, qualifié pourtant de sectaire par certains observateurs, est une bouffée d'oxygène pour une nouvelle génération de comédiens. Chaque année, des dizaines de jeunes y trouvent un refuge soit en jouant, soit en participant à des formations ou en assistant à des spectacles. L'édition 2011 a été tournée vers la formation et un théâtre plus ouvert à l'espace public. Des ateliers portant sur des formes théâtrales peu pratiquées ici et des spectacles créés ou interprétés par des metteurs en scène et des comédiens, encadrés par des étrangers, ont été présentés. Au-delà même de ce festival annuel, la Fokal s'impose comme l'institution de référence dans la subvention et l'organisation des spectacles de théâtre.  

Les initiatives viennent également de Foudizè Théâtre initiateur du festival ''Kont anba tonèl'marquant annuellement la Journée internationale du théâtre. Ce festival, qui ambitionne de se positionner comme le 2e événement majeur après le festival Quatre Chemins, rassemble des conteurs haïtiens de divers horizons autour d'un objectif commun : valoriser la tradition du conte en Haïti. L'édition 2011, tenue sur le thème « Conter la mémoire... conter la vie », a rendu un vibrant hommage à la mémoire des disparus du séisme du 12 janvier 2010.

Au nombre des initiatives appelées à devenir pérennes, s'inscrit le festival ''Krik Krak'' de Akoustik Prod, dont la 1re édition s'est tenue aux Cayes cette année. A l'instar de ''Kont anba Tonèl'' de Foudizè Théâtre, Krik Krak attire l'attention du public cayen sur une forme d'expression de tradition orale en perte de vitesse en Haïti. Akoustik Prod a le mérite de vouloir casser cette tradition qui veut que Port-au-Prince soit le lieu de tous les grands rassemblements autour du théâtre. L'atelier Soleil - du comédien Brunatch Zéphyr - semble vouloir suivre la démarche en organisant cette année, au Cap-Haitien, la 1re édition de son festival de théâtre : Haïti couleur, Haïti chaleur.

Outre ces activités pérennes, il est de bon ton de souligner certaines activités ponctuelles qui ont donné au secteur une visibilité considérable. Citons en tout premier lieu Ayiti de Daniel Marcelin. Ce spectacle, qui se veut une véritable tranche d'histoire d'Haïti secouée par des crises politiques de toutes sortes, a connu un succès incontournable. Les spectateurs se sont bousculés à la Fokal et dans d'autres villes de province pour assister à un one man show du maître. La COSAFH (Comédie sans Frontières Haïti) de Georges Béleck n'était pas en reste avec son spectacle ''Le diable dans un thé à la citronnelle'' présenté à l'auditorium Ste-Rose de Lima dans le cadre de Livres en Folie 2011. Mais le véritable succès populaire venait certainement de Le Villate, où L'atelier Eclosion de Florence Jean-Louis invitait le public à un dialogue intime avec Les monologues du vagin. Lire la suite...





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