4 mars 2011 - Projet ARCADES - Une bouffée d'oxygène pour le secteur culturel ? par Nelio Joseph



Le lancement du programme d'appui au renforcement de la culture et de l'art pour le développement économique et social d'Haïti (ARCADES) du ministère de la Culture et de la Communication et de l'Union européenne ouvre un immense champ d'espoir dans le secteur culturel haïtien. On en veut pour preuve les réactions spontanées - baignées toutes dans un naturel positif - des artistes, les commentaires élogieux des opérateurs culturels et les discours grandiloquents des officiels de la culture le jeudi 3 mars 2011 à l'hôtel Karibe. Le ton vient d'en haut. De la ministre de la Culture et de la Communication, Marie Laurence Jocelyn-Lassègue, à l'ambassadeur de l'Union européenne en Haïti Lut-Fabert Goossens, les violons s'accordent tellement que le concert devient quelque peu monotone.

Mais le programme ARCADES, dans son essence, est un projet de l'Etat haïtien mis en oeuvre par le ministère de la Culture et de la Communication et financé à hauteur de 3,7 millions d'euros par l'Union européenne qui vise à contribuer au développement économique et social d'Haïti par le renforcement du secteur culturel haïtien. Le programme s'appui sur quatre composantes généraux : l'appui à la politique sectorielle du ministère de la Culture et de la Communication; l'appui au perfectionnement du secteur; la mise en place d'un programme de soutien aux initiatives culturelles; la création d'un centre culturel virtuel pour promouvoir la culture haïtienne en Haïti et à l'étranger. La période de démarrage est prévue pour le mois d'avril prochain. Mais ce ne sera qu'une première phase qui consiste à installer et organiser des équipes de travail, à appuyer la structure du ministère, à mobiliser et former des acteurs culturels.

Les données chiffrées montrent que 80% du budget du projet seront consacrés à sa réalisation, contrairement à d'autres où les questions administratives constituent une véritable éponge qui absorbe. Mais il faudra attendre jusqu'au mois de septembre pour que des appels à proposition de projets soient lancés. « Là encore, les acteurs culturels sélectionnés ne verront pas leur rêve changer en réalité avant janvier 2012 », précise le chef du projet, Barbara Prézeau Stephenson. L'attention du comité d'analyse et de sélection des dossiers sera concentrée avant toute chose sur la formation, les spectacles vivants, les arts visuels et design, l'artisanat d'art et mode, les festivals, les fêtes patronales, en somme les événements culturels. Ceux qui rêvent reconstruire leur centre culturel, leur bibliothèque mis à plat par la secousse tellurique du 12 janvier doivent s'orienter ailleurs. « Le budget ne répond pas », affirme madame Stephenson qui, de concert avec Laurent Héau, expose le volet technique du programme.

On comprend mieux pourquoi, en perçant les non-dits de la ministre, l'aspect reconstruction ne figure pas sur la liste des priorités de l'heure. « Le programme ARCADES n'a pas été conçu comme une réponse au séisme », dit madame Lassègue, qui argumente que bien avant le séisme, le gouvernement, ses prédécesseurs et elle-même avaient conscience de la nécessité d'interventions significatives dans le secteur culturel. C'est ainsi que la plupart des projets concernant les domaines d'intervention du programme répondent à des besoins identifiés depuis des années.

Fruit des desiderata des Haïtiens, le programme ARCADES porte, d'après Marie Laurence Jocelyn-Lassègue, la marque du terroir et non, comme on le craint légitimement pour certains autres, un ensemble d'opérations imposées du dehors. Par son objectif, il s'inscrit en droite ligne du choix du gouvernement exprimé avec force par le Premier ministre dans le plan de reconstruction national de compter sur le secteur culturel comme levier principal de notre relèvement après la catastrophe du 12 janvier 2010. Voilà pourquoi la ministre, avant de remercier ses partenaires au rang desquels s'inscrit en lettres capitales l'Union européenne, invite le secteur à s'approprier à ce programme et à en faire une réussite totale.

La notion de réussite revient comme une rengaine dans le discours de madame Lut-Fabert Goossens qui donne la garantie que l'Union européenne sera là pour accompagner les acteurs haïtiens et faire de ce projet un veritable succès. Dans un élan d'enthousiasme, madame Goossens fait l'apologie de ce projet qu'elle présente comme le fruit d'une intense réflexion entre les autorités haïtiennes, les acteurs de la culture et l'institution qu'elle représente, et retrace, avec beaucoup de verve les différentes étapes que le projet à franchi depuis sa germination il y a quatre ans.

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